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Jamais sans mon IA

Toute maman – solo ou pas – peut désormais compter sur lintelligence artificielle pour laider à garder la tête hors de leau et à remplir ses missions du quotidien.

Vite un prompt ! C’est ce que cette mère zurichoise* rédige et partage à ceux et celles qui la suivent sur les réseaux sociaux. Elle prend conseil auprès de ChatGPT en lui décrivant de manière précise le contexte, ses attentes, les objectifs de sa requête.

Comme de plus en plus de parents, elle expose les difficultés qu’elle rencontre dans sa vie de tous les jours et attend des réponses concrètes. Sur la forme, ça peut donner à peu près ça :

« Aide-moi à m'organiser et compose une liste de repas équilibrés pour toute la semaine, suggère-moi une liste de cadeaux pour l'anniversaire de la copine de ma fille qui a 10 ans ce week-end, aide-moi à écrire un e-mail au professeur de mon fils, dis-moi quel est le dernier film pour enfants à voir absolument… »

Plus la demande est détaillée, meilleure seront les suggestions.
L’IA qui a dans sa base de données tout ce qui a été écrit sur la parentalité va nous faire un retour plus fin et pertinent selon la qualité des informations que nous lui donnons.

« Je l’ai testée en me faisant passer pour une maman solo, en lui expliquant qu’après le travail je rentrais fatiguée, que mes enfants réclamaient et ne m’écoutaient pas, indique Romaine Pellouchoud coach parental à l’association Avifa Valais, à Fully. L’IA m’a proposé une routine du soir, un moment de connexion, de jeu avant les devoirs. La marche à suivre était très claire et très pratique au final. »

Dans cet exemple, l’IA va jusqu’à rassurer la prétendue maman solo en lui disant que malgré son impression de perdre du temps, en fait elle en gagne et préserve ainsi son énergie.

Penser à tout, tout le temps

Les choses évoluent peu pour les femmes qui continuent de ployer sous le poids des tâches quotidiennes.

Face à une to-do list sans fin, l’IA peut se révéler efficace sur le plan de l’organisation, mais pas seulement.

« Aujourd’hui pour un parent seul, l’utilisation la plus utile de l’IA est le soutien mental, affirme Charles-Edouard Bardyn, co-fondateur et directeur scientifique d’AI Swiss. Elle sait faire preuve d’empathie, car tout ce qu’elle a emmagasiné concerne des rapports humains et elle est capable de cerner ce que vit une personne comme le ferait un psychologue, voire mieux. »

Se confier à une machine peut paraitre bizarre, mais se passer d’une ressource aussi puissante à portée de main l’est tout autant.

« Il est important de savoir quel rôle nous donnons à cet outil, souligne Patric Raemy, chercheur au département des sciences de la communication et de la recherche sur les médias de l'Université de Fribourg. L’IA peut agir comme assistant, comme expert ou comme partenaire — mais seulement dans la mesure où nous, en tant qu’êtres humains, façonnons cette relation avec la technologie. Il est essentiel de continuer à réfléchir par nous-mêmes et de garder notre esprit critique. »

Si la fulgurance, la rapidité avec laquelle l’IA ordonne les idées, argumente, déroule un raisonnement sans douter, lui déléguer toute notre pensée est cependant risqué.

« Confier ce qui relève de l’intime, de la sensibilité, de l’expérience humaine à l’IA peut nous déposséder de ce que l’on est, estime M. Bardyn d’AI Swiss. Si l’IA nous aiguille, nous sert à trouver des pistes, il faut en saisir les limites. » 

Imagine-t-on lui demander d’écrire intégralement un discours de mariage qui ne reflèterait pas notre propre personnalité, mais celle de millions d’autres discours ?

Dans ma bulle

Plutôt que de se tourner vers son conjoint, un proche ou un professionnel, s’adresser à l’IA devient un réflexe simple et naturel.

« Et ses performances n’en sont qu’au début, rajoute M. Raemy de l'Université de Fribourg. Quel que soit le sujet abordé par les parents, l’IA peut déployer son potentiel et offrir un soutien dans de nombreuses situations sans pour autant remplacer l’avis d'un spécialiste bien sûr. »

Co-pensée, coparentalité, l’IA apparait pour des parents désemparés et débordés comme la promesse d’être soulagés d’une surcharge mentale.

« À condition de s’y mettre, remarque Mme Pellouchoud d’Avifa Valais. Tout comme une application pour faire du sport, l’IA ne va pas vous obliger à poursuivre vos efforts, elle est moins engageante qu’un véritable coach qui vous suit, qui va changer votre posture, vous éviter de vous laisser enfermer dans une bulle et de retomber dans vos travers. »

Rester acteur, activement impliqué, n’empêche pas d’avoir recours à une intelligence artificielle pour nous sortir du brouillard dans lequel tout parent est plongé. Les dégâts de l’usage abusif des écrans, des réseaux sociaux sont là pour nous avertir qu’aucune technologie ne peut néanmoins se substituer aux vraies relations et interactions humaines.

Même si sa facilité à suggérer des solutions n’a pas fini de nous épater, l’IA ne peut nous faire croire à un monde parfait où l’on serait toujours calme, compréhensif et où l’on ferait face à toutes les situations sans jamais hésiter. Parce que l’éducation se vit et se ressent, il faut s’en remettre d’abord à son expérience, apprendre de ses erreurs pour s’améliorer dans son rôle de parent.

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