Notre expert
Harcèlement scolaire et caratéristiques psychologiques, un lien ?

Interview menée par Marianne Gischig dans le cadre de son TP

Questionnaire adressé à Anne Jeger, psychologue clinicienne référente de l’association VIA et vice-directrice 


1. Existe-t-il des profils psychologiques plus vulnérables au harcèlement scolaire ? Si oui, quels traits les caractérisent le plus souvent ?

Certaines caractéristiques psychologiques peuvent rendre un enfant plus vulnérable. Ceci ne le rend ni responsable ni coupable de devenir la cible d'un harcèlement.

On peut se poser la question si ces manifestations sont la cause ou la conséquence des violences subies - comme par exemple :

  • Une anxiété et une sensibilité émotionnelle manifestes.
  • Une estime de soi fragile / fragilisée.
  • Une tendance à l’introversion et à la discrétion.

Ces enfants peuvent avoir plus de mal à poser des limites ou à demander de l’aide, ce qui les expose davantage.

Mais ce n'est pas une généralité car selon les circonstances de la vie (séparation parentale, deuil, maladie d'un proche, déménagement, etc.), tout un chacun pourrait être la cible d'un harcèlement. 


2. Les harceleurs ciblent-ils certains types de comportements ou de traits perçus comme des « faiblesses » ?

Le harceleur peut repérer des signaux de vulnérabilité sociale :

  • Une réaction émotionnelle visible : gêne, repli, pleurs, etc.
  • Une difficulté à se défendre ou à répondre.
  • Une différence perçue : physique, vestimentaire, comportementale, etc.
  • Un isolement ou une absence de soutien par le groupe.

Le harcèlement s’ancre souvent - mais pas toujours - dans une logique de domination : le harceleur cherche à renforcer son pouvoir sur quelqu’un qui paraît plus fragile, moins entouré ou différent.


3. En quoi la personnalité d’une victime peut-elle influencer la persistance ou l’intensité du harcèlement ?

La réaction émotionnelle de la victime peut jouer un rôle.

  • Un enfant qui réagit fortement (colère, pleurs, panique) renforce parfois, malgré lui, la motivation du harceleur.
  • À l’inverse, un enfant qui se tait ou s’isole peut rendre la situation « invisible » retardant l’intervention des adultes.

Ce n’est jamais la faute de la victime.

Sa manière d’exprimer sa souffrance peut influencer la durée ou la visibilité du harcèlement.


4. Quels sont les effets à long terme sur la construction de la personnalité et l'identité des victimes ?

Le harcèlement laisse souvent une empreinte durable :

  • Baisse de l’estime de soi, sentiment d’infériorité ou de honte.
  • Méfiance relationnelle : peur du rejet, difficulté à faire confiance.
  • Hypervigilance sociale : scrute les signes de menace et d’exclusion.
  • Troubles anxieux, dépressifs ou troubles de stress post-traumatique.

Mais avec un accompagnement adapté et bienveillant, beaucoup de jeunes développent une résilience solide à l’âge adulte.

5. Le profil psychologique de la victime peut-il renforcer involontairement son isolement ou son exclusion ?

Cela arrive.
Un enfant blessé ou craintif peut adopter des stratégies de protection : se refermer, éviter le contact, se montrer méfiant ou même agressif.
Ces réactions, mal comprises par les pairs (et parfois les enseignants), peuvent renforcer l’exclusion.
Ce pourquoi il est crucial de restaurer la confiance relationnelle et de travailler sur la communication émotionnelle avec l’aide d’adultes et de professionnels soutenants. Rapidement.

6. Comment les différences perçues (dans l’apparence, la manière de parler, le comportement) peuvent-elles influencer la perception d’un élève comme une cible potentielle ?

Les différences visibles (poids, apparence, accent, manière de parler, comportements atypiques…) attirent l’attention dans un groupe d’enfants et adolescents en quête de conformité.
L'auteur du harcèlement (rarement seul) instrumentalise ces différences pour créer un « autre différent » et renforcer sa propre position sociale.
La différence devient alors un prétexte à l’exclusion, non la cause réelle.


7. Dans quelle mesure les représentations sociales (stéréotypes, préjugés) influencent-elles la manière dont les autres élèves perçoivent et traitent certaines victimes ?

Les stéréotypes agissent comme un filtre de perception :

  • Les garçons sensibles sont perçus comme « faibles ».
  • Les filles affirmées comme « prétentieuses ».
  • Les élèves en réussite comme « intellos ».

Ces étiquettes alimentent les moqueries et légitiment aux yeux du groupe certaines formes de rejet.
L’éducation à la diversité/différence et à l’empathie est donc essentielle dès le plus jeune âge, à la maison, dans les garderies et à l'école.
Ce que nous proposons au sein de l’association VIA à travers différents ateliers de prévention, de sensibilisation et de soutien. 


8. Dans les cas de harcèlement répétés, observe-t-on une évolution du profil  psychologique de la victime au fil du temps ?

Oui, le profil évolue souvent :

• Phase initiale : incompréhension, sidération, espoir que « ça s’arrête tout seul ».
• Phase prolongée : anxiété, repli, perte de confiance, sentiment d’impuissance.
• Phase chronique : désengagement scolaire, isolement, symptômes anxio-dépressifs.

Cette évolution montre combien l’intervention précoce est déterminante.


9. Dans certains cas, la victime développe-t-elle des stratégies d’adaptation psychologique qui peuvent être mal interprétées par les autres (ex. : agressivité défensive, retrait social) et aggraver la situation de harcèlement ?

Effectivement certaines victimes développent des comportements défensifs :

  • Agressivité préventive : il/elle attaque avant d’être attaqué.e.
  • Humour excessif pour masquer la souffrance.
  • Retrait social ou attitude « je-m’en-foutiste ».

Ces stratégies visent à garder le contrôle, mais peuvent être mal comprises par les adultes ou les pairs, renforçant l’exclusion. Et parfois, le/la jeune harcelé.e, n’en pouvant plus, devient agressif.ve (appel à l’aide) et reçoit des sanctions disciplinaires. Ceci est très anxiogène et renforce son sentiment de solitude et d'impuissance.


10. Selon vous, comment pourrait-on mieux adapter le soutien psychologique pour répondre aux besoins spécifiques des victimes de harcèlement scolaire ?

Le soutien doit être individualisé et global :

  • Groupes de parole pour restaurer l’estime de soi, la confiance en l’autre et le sentiment de sécurité => nos ateliers Résiste !
  • Approche systémique : impliquer la famille, l’école, les pairs.
  • Soutien à long terme, même après la fin du harcèlement, pour prévenir les rechutes. L’association VIA propose des sorties et activités à l’issue des ateliers Résiste ! + une permanence téléphonique : 0763739826 / jegeranne@hotmail.com


11. Selon vous, dans quelle mesure les facteurs environnementaux (famille, école, pairs) influencent-ils la dynamique du harcèlement scolaire et son impact sur la victime ?

L’environnement joue un rôle majeur :

  • En famille : un climat sécurisant et à l’écoute encourage plus facilement un enfant à parler et à demander de l’aide.
  • A l’école : la réaction rapide, coordonnée et adéquate des adultes est décisive.
  • Les Pairs : les témoins peuvent devenir des « faiseurs d’alerte » et dénoncer ensemble le harcèlement ou ne pas y participer. 

C’est donc une responsabilité collective : prévenir, repérer, soutenir, éduquer à l’empathie.

Au sein de l’association VIA, nous proposons des ateliers de prévention et de sensibilisation auprès d’enfants (UAPE, etc.), d’adolescents (maisons de quartier, paroisses, écoles professionnelles, etc.), d’adultes/parents (APE, centres de prévention, etc.) et de professionnels de l'éducation.

https://association-via.ch/

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