Selon une enquête menée en septembre 2025 pour Everlife par l’institut Qualinsight, les Valaisans se sentent plus à l'aise que l'ensemble de la Suisse romande pour aborder la fin de vie. Pourtant, cette aisance de parole ne se traduit pas automatiquement en préparation concrète.
En Valais, la mort est moins taboue que partout ailleurs en Suisse romande. 77 % des Valaisans déclarent être à l'aise ou assez à l'aise pour parler de fin de vie et de décès, contre 67 % dans l'ensemble de la région.
Mais l'enquête révèle un paradoxe intéressant : cette liberté de parole ne se transforme pas automatiquement en volonté d’anticiper. 41 % des Valaisans se sentent peu ou pas préparés à l'organisation de leurs propres obsèques. Malgré 77 % des sondés qui affirment une certaine aisance à en parler, nombreux sont ceux qui remettent à plus tard voire à jamais les préparatifs.
Pourtant, les obstacles sont concrets. 59 % des Valaisans qui ont déjà organisé des obsèques citent les démarches administratives comme étant la principale difficulté. Non pas la question émotionnelle du deuil, mais les formalités qui l'entourent : fermeture de comptes, résiliation de contrats, notification aux organismes publics, localisation de documents.
60 % des Valaisans, notamment les foyers modestes, redoutent d'ailleurs la charge financière des obsèques. Bien que la plupart ont une idée cohérente du coût moyen des obsèques en Suisse (entre 4 000 et 8 000 CHF en moyenne), l’incertitude financière demeure une préoccupation importante.
L'histoire l'explique. Selon l'étude « Rituels funéraires en Valais » de Fabienne Défayes (2012), jusqu'au milieu du XXe siècle, la mort était un événement communautaire, inscrit dans le quotidien. Le défunt était veillé au foyer, préparé par les siens. Des femmes appelées prèyóóje assuraient la veillée nocturne. Le glas – le mórebon en patois – annonçait aux villageois : cinq coups pour une femme, six pour un homme. Le deuil était porté publiquement durant une année entière, signalé par des habits noirs pour les femmes, une cravate noire pour les hommes. La mort n'était pas cachée ; elle était ritualisée, assumée, partagée.
Cette longue familiarité avec la mort – des siècles de rituels communautaires, de conversations autour des cercueils, de cérémonies qui impliquaient le village entier – a laissé une empreinte mémorable. Même si les pratiques ont radicalement changé, cette aisance culturelle avec le sujet. Les Valaisans héritent d'une région où parler de la mort n'a jamais été tabou, où l'événement était central, pas marginal.
Pourtant, cet héritage de parole cache une autre réalité : celle de l'inaction. 75 % des Valaisans qui se sont préparés ont exprimé leurs souhaits à leurs proches. Et après ? Rien, la plupart du temps. 16 % seulement ont mis de l'argent de côté. 6 % ont un contrat de prévoyance funéraire. 13 % ont choisi un prestataire funéraire ou une entreprise de pompes funèbres.
Les Valaisans parlent de la mort, mais ne passent pas à l’action. Entre dire « je voudrais être incinéré » autour d'un café et effectivement signer les papiers, épargner, choisir, il y a un gouffre.
20 % invoquent le manque d'argent. 16 % la difficulté à envisager leur mort. 11 % se sentent trop jeunes. Mais la plupart ? Ils repèrent l'obstacle (l'administratif, le coût) et abandonnent avant même d'essayer.

Ce qui émerge de cette enquête, c'est le fossé monumental entre notre capacité à parler finalement assez simplement de la mort et notre capacité – ou volonté – à la préparer concrètement. Nous acceptons l'idée qu’un jour nous allons partir. Nous en parlons volontiers. Mais nous ne passons pas vraiment à l’action : « trop cher », « pas envie », « trop compliqué », « pas le bon moment ».
Une désinvolture pesante pour l’entourage : ceux qui organiseront nos obsèques se retrouveront dans le chaos administratif et financier que nous aurions pu simplifier pour eux.
Mais en réalité le vrai défi aujourd’hui ce n'est plus de rendre les gens plus à l'aise pour parler de la mort. C'est chose faite, en particulier en Valais. C’est de transformer cette « aisance » en action. De passer du « on en parle autour d’une table » à « j’ai tout planifié pour vous ! »
Photos: aut.kawila.gmail.com / bugphai / halfpoint
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