L’adolescence est une période de grands bouleversements, autant pour les jeunes que pour leurs parents. Entre besoin d’indépendance, attachement à la famille et quête de sens, les adolescents traversent une étape essentielle de leur développement. Comprendre leurs besoins et leurs comportements permet d’accompagner plus sereinement cette transition vers l’âge adulte.
Résumé d'une conférence animée par le Dr G. Salem,
Privat-docent à la Faculté de Médecine, Psychiatre FMH, Thérapeute de famille.
L’adolescence est un moment charnière de la vie. Le jeune n’est plus tout à fait un enfant, mais pas encore un adulte. Il est en pleine construction de son identité.
Cette période s’accompagne de nombreuses transformations : biologiques, affectives, sociales et familiales. Ces changements peuvent parfois déstabiliser les parents, qui se retrouvent face à un adolescent en quête d’autonomie, mais encore attaché à sa famille.
Pourtant, malgré les tensions ou les incompréhensions, les adolescents sont aussi une source d’apprentissage pour les adultes. Ils nous interrogent, nous bousculent et nous poussent à évoluer.
Aujourd’hui, beaucoup de jeunes quittent le domicile parental plus tard qu’autrefois. Entre les études plus longues et les difficultés d’accès au logement, certains restent chez leurs parents jusqu’à 25 ou 30 ans.
On parle parfois du phénomène de « l’hôtel à la maison » : le jeune adulte vit chez ses parents tout en menant sa vie presque indépendamment. Il utilise les services de la maison (repas, lessive, logement) tout en cherchant à affirmer son autonomie.
Cette situation peut parfois inquiéter les parents : pourquoi leur adolescent tarde-t-il à partir ? Est-ce un manque de motivation ou une étape normale ?
Dans de nombreuses cultures, les étapes importantes de la vie sont marquées par des rites de passage. Ces rituels aident les jeunes à comprendre qu’ils franchissent une nouvelle étape.
Dans nos sociétés modernes, ces repères sont moins présents. L’école reste souvent l’un des rares cadres qui marque les grandes étapes du passage vers l’âge adulte.
Sans ces repères clairs, certains adolescents peuvent avoir plus de difficulté à se situer dans leur évolution.
Pour devenir autonome, un adolescent doit trouver un équilibre entre plusieurs besoins essentiels :
Mais les adolescents ne pensent pas seulement à eux-mêmes. Beaucoup développent un sens aigu de la justice, de la loyauté et de la responsabilité envers les autres.
Certains jeunes peuvent même retarder leur départ du foyer familial par souci pour leurs parents ou pour préserver l’équilibre familial.
On imagine souvent les adolescents comme centrés sur eux-mêmes. Pourtant, leurs comportements peuvent aussi être guidés par un profond souci des autres.
Les psychologues distinguent deux types de motivations :
Chez les adolescents, ces deux dynamiques coexistent. Derrière certains comportements apparemment égoïstes peut parfois se cacher une forme de loyauté familiale.
Certains adolescents adoptent des attitudes qui semblent paradoxales. Par exemple :
Ces comportements peuvent parfois être une manière inconsciente de protéger un parent, de maintenir l’équilibre familial ou d’exprimer une loyauté envers leur famille.
Comprendre ces mécanismes permet aux parents de regarder autrement certaines attitudes.
Les adolescents possèdent souvent un sens très fort de la justice et des valeurs. Ils aspirent à une certaine noblesse des comportements et cherchent à prouver leur valeur.
Face à une société parfois centrée sur la réussite individuelle et la compétition, certains jeunes ressentent un décalage. Cela peut expliquer certaines prises de risque ou attitudes extrêmes : elles sont parfois une manière de tester leurs limites et de donner du sens à leur vie.
Pour les parents, accompagner un adolescent signifie trouver un équilibre délicat entre soutien et liberté.
Quelques pistes peuvent aider :
L’adolescence est une étape parfois déstabilisante, mais elle représente aussi une formidable période de croissance, pour les jeunes comme pour les parents.
Questions de parents lors de la conférence
1. Pouvez-vous parler de l'hôtel à la maison avant 18 ans, vers 13/ 15 ans quand l'"ado" traîne les pieds pour toute activité qui relève de l'activité familiale ?
Mais tout le monde aime profiter de la maison et se comporter comme un roi dans un territoire conquis, le père, les cousins..!!!! Pour l' "ado", la maison n'est pas son territoire et il doit le marquer comme un territoire d'apprentissage. C'est une tendance naturelle de l'"ado" qui grandit et qui a tendance à vouloir s'émanciper à travers les pairs, à se désidentifier des parents.
Il est intéressant de savoir comment les parents encouragent ou non certaines attitudes chez leur "ado". Sans perdre de vue l'aspect multilatéral que j'ai développé.
Entre un parent et son enfant, il y a 3 niveaux de relation:
2. Je propose une participation sous forme de tour de rôle, comment utiliser la machine à laver, à faire son lit... et si ça marche parfois, ça ne les enthousiasme pas un maximum:
Entre attendre leur enthousiasme lumineux et le fait qu'ils fassent quand même ce qu'on leur demande, il y a une marge. Très souvent quand les parents veulent vraiment que les choses se fassent, ils savent se faire entendre. Mais si les parents sont décidés à ce que les enfants installent l'hôtel à la maison, il y aura l'hôtel à la maison.
Il peut y avoir conflit entre le père et la mère: le père ne veut pas l'hôtel et la mère veut mettre en échec le père en soutenant les enfants contre le père: l'enfant comprend les enjeux. Les parties se jouent à plusieurs, il y a souvent des triangles en jeu.
Quels sont les bénéfices secondaires, les aspects cachés de cet hôtel à la maison pour chaque parent ?
3. Pour moi l'hôtel à la maison, c'est aussi le moment où l' "ado" vient à la maison avec son/sa petit(e) ami(e). Qu'en pensez-vous ?
Moi aussi j'ai eu ce problème: je suis contre. C'est mon opinion. Je suis contre le nudisme en famille, contre le fait que le jeune amène sa copine dormir et faire l'amour à la maison.
Je suis contre car ça me dérange: sa sexualité, cette intimité dans l'amour avec sa copine, ça ne se passe pas chez Papa, Maman. Le jeune peut aller où il veut, mais moi je trouve indécent que ça se passe sous le toit des parents: le tabou de l'inceste, la pudeur élémentaire ?
Je suis aussi contre le nudisme en famille, les familles très cools où on ne s'appelle plus Papa, Maman.
La pudeur et le territoire intime sont important.
C'est aussi une façon de marquer le départ: maintenant je construis mon nid ailleurs. On n'est pas de la même génération, c'est normal que ça se passe ailleurs. Il y a quelque chose de confus dans cette espèce de libéralisme qui efface les limites et crée des confusions.
4. Je n'ai pas voulu que mon fils amène ses amies à la maison, mais maintenant il a 21 ans et visiblement il n'a pas de relations intimes avec des jeunes filles. Je me demande si ce n'est pas de ma faute.
On a tort en tant que parent de surveiller comment se passe l'évolution sexuelle de nos enfants. Dès qu'on s'en mêle ça fait des dégâts ! De quel droit on entre si loin dans ce territoire si sacré ? Je trouve naturel qu'il y ait à un moment donné, une attitude de rejet sur certains plans. L'enfant doit se faire lui-même à ce niveau là.
Commentaires